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Le Tramway, un accès facilité aux plages

Poser sa serviette à la plage du Minou, les doigts de pied en éventail, ou surfer ses vagues n’a pas été toujours aussi simple qu’aujourd’hui.

A la fin du 19ème siècle, la liaison terrestre entre Brest et Le Conquet était assurée par une antique diligence, tirée par trois chevaux. Elle avait pour nom « l’Hirondelle » et ne faisait en général qu’un service aller et retour par jour en ne transportant pas plus d’une dizaine de passagers. Pour un trajet « aller » il faut compter deux heures et demi.

De fait, pour les brestois, la fréquentation de la côte vers Le Conquet est presque impossible jusqu’en 1903. Sainte-Anne du Portzic est, pour beaucoup le point extrême de la promenade dominicale.

Faute d’un service quelconque de transport vraiment praticable, combien ignorent absolument les beautés naturelles de cette côte sauvage même si Le Dellec et le Minou reçoivent, durant le printemps et l’été, quelques visiteurs.

Jusqu’à la fin du 19ème il est donc bien difficile pour les brestois de se rendre au Minou si l’on ne possède ni voiture ni bicyclette.

« à pied me direz-vous sans doute, mais c’est un peu loin, et puis la course peut être entreprise seulement par des gens robustes, des adultes. Elle est trop longue pour les femmes et les enfants. De telle sorte que le Minou et sa plage ravissante sont absolument abandonnés. On ne voit là que quelques soldats des forts voisins, dont la clientèle alimente une auberge. Cette auberge et une petite maison constituent les deux seules habitations du Minou en 1897. » (1)

Un premier projet de train

Nous sommes à une période ou le ministère de la guerre doit envisager des solutions de transport rapide de troupes entre Brest et les différents forts et garnisons longeant la côte. Un projet de chemin de fer du Conquet à Saint Pierre Quilbignon avec prolongement jusqu’à Brest est étudié à la satisfaction des élus et de la population. À la fin 1898 l’intérêt stratégique se fait encore plus ressentir avec la crise de Fachoda (incident diplomatique sérieux qui oppose la France au Royaume-Uni 09/1898-03/1899). Pendant cette crise les militaires doivent remplir à la hâte les forts de la côte de munitions et de troupes. En temps de guerre il y aurait donc un intérêt à transporter rapidement des troupes sur les différents points de la côte nord susceptible de faire l’objet d’un éventuel débarquement.

Après cette alerte et l’imminence d’une nouvelle guerre, les garnisons restent dans les forts le long de la côte. Les débitants de boissons dont les maisons bordent la route de Brest au Conquet voient passer un va-et-vient continuel de soldats : tantôt c’est une corvée, tantôt un groupe de permissionnaires se hâtant à pied vers la ville, tantôt ce sont les vaguemestres, les ordonnances…

Parfois même on pouvait y faire de mauvaises rencontres entre les forts de Toulbroc’h et du Minou. C’est ainsi que le 30 septembre 1891 (2) un cocher revenant du fort de Berthaume avec le break du génie fut attaqué et blessé par trois individus.

Étant donné la distance qui sépare Brest des forts où sont casernés les militaires, il est facile de se rendre compte des difficultés considérables que doit éprouver l’approvisionnement.

Donc, au point de vue militaire, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre, la ligne projetée de Brest au Conquet répond a un besoin urgent.

En fait ce projet de train n’avance pas. Depuis les premiers échanges de courriers entre le maire de Brest et le ministre de la guerre en 1897, rien ne s’est concrètement passé.

Jean Lédile, journaliste à la dépêche de Brest, résume bien la situation : « les Russes auront terminé le Transsibérien bien avant que les Brestois aient leur chemin de fer de Brest au Conquet ! »

Malheureusement, il en aura été de ce projet comme de tant d’autres. Une fois l’alerte passée il n’en a plus été question.

La ligne de tramway Saint Pierre Quilbignon – Le Conquet

A l’évidence il ne fallait plus compter sur l’initiative des pouvoirs publics, ni sur leur concours.

En septembre 1900 des investisseurs locaux créent le comité d’initiative des tramways électriques du Finistère et obtiennent la concession pour une durée de 50 ans. Une souscription est ouverte à la population. Dans ses statuts la société indique qu’un des objectifs de cette ligne était de permettre à tous les habitants de la ville de Brest de se rendre très rapidement et facilement et à peu de frais vers les charmantes plages qui bordent la côte jusqu’au Conquet : Ste Anne, le Dellec, Le Mingant, le Minou, Trégana, Pors-Milin, le Trez-Hir, St Mathieu, Portez, et le Blancs Sablons et de favoriser dans une large mesure la villégiature sur les plages précitées.

Ce tramway doit également faciliter la mobilité des populations rurales. Par ailleurs Les militaires, représentant une part importante de la population de la côte, affectés aux nouveaux forts, casernements et campements, seront aussi des clients de la ligne lors de leurs permissions

Le tramway qui est appelé « le tram des familles » commence ses rotations le 12 juillet 1903. Il faut un peu plus d’une heure pour relier St Pierre Quilbignon au Conquet

La compagnie n’avait pas prévu cette affluence considérable dès l’ouverture de la ligne, 20.000 personnes empruntent le tramway dès les premiers mois. Il permet dorénavant aux familles brestoises d’accéder aux plages du Dellec et du Minou pour un tarif très abordable (arrêt chemin du Minou plein tarif 1ère classe 0,40 frs – 1,60€ aujourd’hui ; arrêt route du Minou plein tarif 1ère classe 0,50frs – 2€ aujourd’hui ).

A partir du tramway, tous les chemins menant au Dellec, au Mengant et au Minou sont en état et les cyclistes qui seront descendus à un des arrêts pourront les fréquenter facilement

Les plages du Dellec sont desservies par l’arrêt de la Trinité. « la plage du grand Dellec est intéressante pour son étroitesse même parfois des baigneurs y font une pleine eau dans le costume du père Adam, certains de n’être dérangé par personne, les contreforts des rochers et des batteries offrant d’ailleurs des cachettes sures et discrètes. On peut en dire autant de celle du petit Dellec cachée de l’autre côté du fort vers Brest. » (3)

Le Minou est quant à lui desservi par les arrêts n°5 du chemin du petit Minou et l’arrêt n°6 de la route du Minou.

À l’arrêt n°5 Deux kilomètres environ séparent l’arrêt du tramway des batteries du sémaphore, le promeneur les parcourra entre haies d’ajoncs et d’arbres. Les soldats du 2ème régiment d’artillerie coloniale y stationnent et occupent des baraquements entourés de plates-bandes de légumes qu’ils cultivent eux-mêmes.

Si le promeneur quitte le tramway au 6ème arrêt de la route du Minou. un parcours récréatif et reposant de 2,5 km le mènera à la plage dont « le sable extrêmement fin et pailleté d’or atteint le niveau de la route et, le long de la petite cale. C’était charmant, même à marée haute, de prendre ses ébats en famille ou d’y faire baigner les enfants pour les personnes qui, venant de Brest ou des environs, voulaient prendre un bain à toute heure de la marée. » (4)

Les premières visite guidées s’organisent. Ainsi Mr Sévère gardien de la maison du câble de Déolen et fils du guetteur de signaux du sémaphore du Minou propose de guider les premiers touristes, venus par le tramway, désireux de visiter à marée basse l’une des 9 grottes voisines de la crique de Déolen.

Ainsi, grâce au tramway, les plages du Dellec et du Minou sont devenu, autant de lieux de rendez-vous recherchés par les promeneurs et estivants et il n’est pas rare que les soirs d’été le tram des familles soit bondé.

Sources :

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