Porz-Quéné une vallée de moulins

18 novembre 1830, la vallée de Porz-Quéné est en deuil. Prigent THEPOT, le meunier, nous a quitté, il avait 42 ans. Pierre BESCOND, garçon meunier et Jean-Marie MORVAN agriculteur, viennent déclarer le décès à la mairie de Plouzané. En lettres bâton malhabiles, au bas du registre, le paysan a porté son nom, le garçon meunier ne le sachant faire.

Prigent, bien trop jeune, laisse derrière lui son épouse  et ses six enfants. Que va devenir le moulin de Porz-Quéné huella ?

Pour une journée, le temps de la cérémonie et de recevoir la famille, les amis; les vannes du ruisseau seront fermées.

En amont, dans l’étang, l’eau monte déjà mais le registre conservé aux archives ne nous en apprendra pas plus. Pourtant, aux alentours, l’inquiétude grandie. Qui va désormais nous moudre le grain? 

Six ans déjà, le 29 de juin 1836, rien n’arrête l’eau qui coule et le temps qui passe. C’est Yves le petit dernier, 7 ans, qui prévient sa mère.

Maman, Maman, y’a quelqu’un qui veut te voir. Bonjour, c’est pour le recensement, il faudrait me dire qui habite ici.

Source Archives départementales du Finistère – Plouzané 1936

Le registre de 1836 et Catherine Morvan 44 ans, veuve de Prigent Thépot vont nous entrouvrir un instant la porte du moulin. Tendez l’oreille, le frottement de la meule, le chuintement de l’eau, le grincement de la roue. Vous l’avez compris, la meunière n’a pas baissé les bras durant toutes ces années. Catherine s’essuie les mains, de la farine plein son tablier, elle a repris la tache de son mari. Bien sûr, il y a son aîné, Pierre 18 ans. Il connait déjà bien le métier et lui apporte une aide précieuse. Il faut aussi s’occuper de Jean, 16 ans, de Jean-Marie 14 ans, des deux filles, Yvonne et Françoise 12 et 9 ans et le petit dernier Yves 7 ans. Il est où celui-là? Encore sur la digue à chasser les grenouilles. Tu sais bien que je ne veux pas que tu ailles par là! 

Comme le travail ne manque pas, nous avons avec nous Michel Le Gall, 36 ans que l’agent recenseur enregistre comme domestique. Le moulin du haut, (Porz Quéné Huella) numéro d’ordre des ménages 273 du registre de 1836 tourne bien. A la ligne suivante, ménage numéro 274, une autre famille de meuniers apparaît, les Leizour.

En 1842 le tableau des propriétés foncières nous apprend que deux propriétaires se partagent les moulins en activité sur le secteur de Porsquéné. On y retrouve Madame Thépault, veuve de Prigent (NB : l’orthographe des noms propres a pu évoluer en fonction des documents d’archive consultés) qui est installée sur le moulin du bas et un certain Duplessix propriétaire du moulin du haut.
A son Décès en 1830 Prigent Thepot occupe le moulin de Porz Quéné Huella, en 1842 sa veuve est la propriétaire de de Porz Quéné Izella. Ce qui apparait sur cette période 1829 1842 à travers trois noms de familles et les documents consultés c’est: qu’il y a trois situations particulières: DUPLESSIX propriétaire mais pas meunier – THEPAULT propriétaire et meunier – LEIZOUR meunier mais pas propriétaire. Il y avait une grande activité autour de ces deux moulins malgré le faible débit d’eau du ruisseau.

Source Archives 29

Porsquéné est ce que l’on appelle aujourd’hui la vallée du Minou

Source Collection R. Le Verge
Source Collection R. Le Verge
Cadastre 1842 – source Archives 29

La dénomination de Porsquéné qui apparaît sur le cadastre de 1842 mais qui existait déjà sur les anciens registres d’état civil sous le nom de Porz Quéné a été perdue au fil du temps. À cette époque, il existe encore trois moulins dans cette vallée.

Nous avons jusqu’alors trouvé la trace de trois familles de meuniers: Pendant près de 75 ans c’est la famille Thépaut qui exploita les moulins de Porsquéné (1817 à 1891), la famille Leizour puis la famille Provost prend le relais de 1896 à 1911.

Le ruisseau qui se jette sur la plage du Minou et qui prend sa source à Kerlavézan ne permet pas de faire tourner les moulins de Porsquéné, il a donc fallu creuser deux étangs en amont des moulins.

Au recensement de 1921 plus aucune famille de meuniers n’apparaît vivre à Porsquéné. (Le fort du Minou a été démilitarisé en 1919).

Une découverte récente aux archives de Brest a dévoilé une photographie datant de 1910, mettant en lumière le moulin de Porsquéné à Plouzané.

Sources Archives Brest

Cette image révèle des détails qui nous transportent dans le passé. En examinant attentivement cette photographie, plusieurs éléments distincts ont été identifiés, apportant de nouvelles perspectives sur ce patrimoine local.

Au premier plan, nous apercevons une femme debout à la porte du moulin. Il pourrait s’agir de Madame Marie Laurence Quéré, l’épouse du meunier Gabriel Provost, qui aurait eu environ 35 ans à l’époque de la photo.

1910 – La meunière, les vannes, les cochons et la meule source archives municipales Brest

Juste devant le moulin, nous pouvons observer quatre cochons, qui étaient probablement élevés pour leur viande et leur lard. Les animaux domestiques étaient courants dans les fermes et les moulins à cette époque, fournissant une source de nourriture essentielle pour les familles.

Un autre élément de la vie quotidienne est la présence d’une meule utilisée pour l’affûtage. Cet outil était essentiel pour maintenir les lames et les outils tranchants en bon état de fonctionnement.

En examinant attentivement la photographie, nous pouvons également apercevoir un dispositif destiné à réguler la puissance de l’eau qui alimente le moulin. Les moulins à eau dépendaient de cette force naturelle pour faire tourner les roues et actionner les mécanismes de broyage. La régulation de cette puissance était essentielle pour optimiser la production et s’adapter aux conditions changeantes de la rivière ou du ruisseau.

Carte postale oblitérée en 1915

Enfin, en haut de la colline, se dressent les baraquements de la caserne du régiment d’infanterie. Cette proximité entre le moulin et la caserne rappelle l’interaction entre le patrimoine civil et militaire de la région à l’époque.

Cette photographie du moulin de Porsquéné en 1910 est une véritable fenêtre sur le passé. Elle nous transporte dans un temps révolu, nous permettant de découvrir les visages et les activités quotidiennes de l’époque.

Aujourd’hui le dernier moulin de Porsquéné se trouve au dessus du parking de la plage du Minou. Il est en ruine et recouvert de végétation, l’étang a également complètement disparu mais la digue est toujours là.

Carte de Cassini levée vers 1783

Sur cette carte dont les levés furent réalisés vers 1783 (source CDIP) cinq moulins à eau et un moulin à vent (en ruine) sont répertoriés à Plouzané. Les moulins de Porsquéné y figurent déjà à leur place. Aujourd’hui, la vallée de Sainte-Anne, la vallée du Mengant et la vallée du Minou en conserve encore quelques traces.

Des noms de lieux oubliés:

Porz Quéné, izela, huella ? Des toponymes aujourd’hui disparus de la vallée du Minou. Bien souvent, ces noms de lieux étaient liés à des noms de familles, à des professions, voire des particularités géographiques du paysage. Nous avons fait appel à nos spécialistes de la langue bretonne pour essayer de remonter le fil de l’eau, le cours du temps.

PORZH: Ce mot à plusieurs significations: Cour, port (de mer,…), porte cochère. Par extension signifie: Entrée (passage permettant d’accéder à un lieu.

Huela: S’écrit aujourd’hui Uhel / Uhellañ, prononcé Uhella dans le Léon.

Isella: S’écrit aujourd’hui Izel / Izellañ, prononcé Izella dans le Léon.

Uhel / Uhellañ: point haut / le plus haut, élevé, élévation de terrain.

Izel / Izellañ: bas, le plus bas.


Quéné, est un nom de famille (source Albert Deshayes, Dictionnaire des noms de lieux bretons)
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Porzh, en plus des significations que j’ai donné ci dessus à aussi le sens de Maison importante, manoir.

Demeure de Quéné. Par ailleurs cette personne avait peut être un rang élevé dans la société.

Les moulins étaient souvent rattachés à des grands domaines, noblesse, banalité (droit seigneurial)

Remerciements à Michel Le Hir et André Rivoallon pour cet éclairage onomastique. Les plans, les cartes et les noms s’accordent désormais pour confirmer la présence de deux moulins le long du ruisseau. Le moulin du haut dont les ruines sont encore visibles et celui du bas disparu.

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